Retrouvez l’article des Echos Business du 19/10/2020

Crise : 3 solutions pour reconstituer une trésorerie rapidement

Face à la fragilité de leur trésorerie, les entreprises ont besoin de cash. Lease-back, mutualisation des achats, affacturage, location… des solutions existent pour redonner de l’air aux finances alors que le recours au PGE et les reports de charges vont s’amenuiser.

Dans les prochains mois, le remboursement des prêts garantis par l’Etat (PGE), des loyers, des charges et des emprunts bancaires va peser sur l’équilibre financier des entreprises. La dernière enquête de la CPME publiée le 28 septembre souligne combien la sortie des dispositifs de soutien de l’Etat sera à haut risque. Depuis le début de la crise, 57 % des dirigeants de petites et moyennes entreprises interrogées ont bénéficié d’un report de charges fiscales et sociales et 54 % du prêt garanti par l’Etat (PGE). Parmi ceux-ci, 28 % estiment ne pas être en capacité de rembourser ces charges et 34 % auront des difficultés à rembourser le PGE. Or, des solutions permettent d’obtenir rapidement de la liquidité sans s’endetter.

#1. Le lease-back fait son grand retour

Le lease-back, ou cession-bail, qui consiste à revendre un bien (matériel, informatique, immobilier, véhicule…) pour le relouer immédiatement derrière, sur des contrats de 8 à 12 ans, reprend des couleurs à la faveur du Covid. Le dispositif, ancien mais peu utilisé, permet au propriétaire de récupérer son bien à l’issue du contrat. « A partir du confinement, nous avons enregistré une accélération sur la demande de lease-back », raconte Sébastien Luyat, président d’Axialease, spécialisé dans le leasing (75 millions d’euros de ventes). « Ce produit représentait de 5 à 10 % de notre activité, il est monté à 20 % aujourd’hui. » Utilisé davantage par les grosses PME et les ETI, le lease-back concerne tous les matériels à partir d’un certain volume. « Le dirigeant reçoit un chèque immédiatement, et dans le cas de matériel IT, qui représente un certain budget, le cash reversé peut aller de 500.000 à 3 millions d’euros. »

#2. Les stocks : des actifs à mieux exploiter

« Les PME sont assises sur un tas d’or, leurs stocks sont des actifs mal exploités », avance Jean-Paul Lachaud, fondateur d’Actène, seul cabinet indépendant spécialisé dans le financement sur stock ou « gage sur stock ». Le principe : mettre son stock en garantie en échange d’un financement de sa banque, que ce soit pour passer un cap difficile ou faire des investissements, le cas majoritaire. La méthode est très répandue dans le Bordelais, le Cognaçais, la Champagne, avec les réserves de bouteilles. « Mais tout produit qui a un marché, un client en face, a une valeur », assure Jean-Paul Lachaud. « Des pièces détachées pour Mercedes sur lequel le contrat est en cours sont très facilement monnayables. Mais des pierres semi-précieuses, si c’est une fin de série taillée pour un ancien client, beaucoup moins, malgré leur valeur intrinsèque. » Depuis cinq ans, il a levé 30 millions d’euros à partir de prothèses de hanche, de planches ou encore de médicaments.

En France, de 3.500 à 4.000 dossiers de financement sur stock sont actifs, dont l’immense majorité bouclée par Auxiga et Haro, les deux principales sociétés de tiers détenteur auxquelles les banques sous-traitent la gestion des garanties. En moyenne, ce sont des prêts de 900.000 euros pour une durée de 2,5 ans, mais « de grands groupes y ont recours, avec des articles de sport, des chaussures… Ca fonctionne bien dans le B to C où l’affacturage n’est pas possible ». Après un coup d’arrêt lié au Covid, et au recours massif aux prêts garantis par l’Etat, la demande repart.

#3. L’affacturage : le coup de pouce de Bercy pour payer plus tôt

Parmi les mesures exceptionnelles de Bercy pour contrer le Covid-19, le financement par affacturage dès la commande, fixé par un arrêté du 4 septembre 2020, doit donner de l’air aux entreprises. Les entreprises pourront solliciter auprès des sociétés d’affacturage un préfinancement qui pourra être mis en place dès la prise de commande, et non plus seulement au moment des factures, grâce à une garantie assurée par l’Etat. « Cela fera gagner aux dirigeants en moyenne 45 jours de trésorerie », pronostiquait Bercy en présentant le dispositif. Les achats des commandes par les factors sont possibles jusqu’au 31 décembre 2020.

En ligne de mire : lutter contre les retards des délais de paiement, un point noir qui grippe l’économie et risque de s’accentuer. « Ce dispositif est vertueux dans un contexte de recrudescence des retards de paiement interentreprises, car le client peut payer plus vite ses fournisseurs », souligne Philippe Mutin, directeur général délégué de Factofrance et vice-président de la commission affacturage de l’Association française des sociétés financières (ASF), à l’origine du dispositif. « Ce sont les secteurs très gourmands en fonds de roulement comme l’industrie qui sont les plus intéressés par l’offre », indique-t-il.

Source